La bulle de Lili

Sans

Je crois que ces derniers jours je me suis cru invincible. J’ai cru que de nouveau je n’avais pas de limites. Enfin non, même pas "de nouveau", mais juste, zéro limites, enfin, comme si j’y étais enfin parvenue, après toutes ces années. Genre je deviens la meuf que j’ai toujours voulu être.
Celle qui cuisine pour ses enfants, qui les écoute, ne s’énerve pas, checke des activités périsco trop cool pour eux.
Celle qui a deux jobs en or et qui jongle de l’un à l’autre mais genre méga facilement.
Celle qui va en vélo au taf, et qui du coup emmène aussi ses enfants en vélo à l’école, et ils sont méga motivés pour le faire, alors c’est vraiment trop cool.
Celle qui s’inscrit à l’escalade, parce que why not, en fait, hein ? Puisque je suis illimitée.

Et puis la réalité.

Les enfants relou cette semaine, qui me répondent sans cesse, qui insistent, cherchent la faille, et finissent par la trouver, puis par me trouver.
Moi qui ai l’impression d’être une mère en carton qui ne répond pas à leurs besoins puisqu’ils me disent "et voilà comme d’hab tu t’en fiches" alors que ça fait vingt fois que je leur explique quelque chose et qu’ils n’écoutent pas. Mais putain ! Juste de l’écrire, je suis de nouveau énervée.
Et puis ce matin, après ma première séance d’escalade hier, des saignements. Premier réflexe : j’ai mes règles. Puis : ah bah non je peux plus les avoir.
Et là, la panique. Grosse crise dans la salle de bains, pleurs.
Enfants qui arrivent évidemment à ce moment-là et me demandent ce que j’ai.
Je leur explique que je saigne et que j’ai peur d’avoir déchiré quelque chose à l’escalade hier.
Dans ma tête, la petite voix se déchaîne, à me dire que tu vois, ta kiné t’avait bien dit que c’était trop tôt, et toi quoi ? Bah t’as voulu y aller quand même, t’es trop conne je te jure !
Je pleure, je pleure, j’explique à mon fils qu’on n’ira pas à l’école à vélo ce matin parce que je veux pas aggraver les choses, au cas où.
Et là.
Là où ma fille comprend immédiatement et s’inquiète pour moi, même si je la rassure. (mais fait quand même une crise de hurlements dix minutes après parce que je ne veux pas remonter avec elle chercher la brosse)
Mon fils, lui, râle. Insiste. Me redemande dix fois. Puis finit par exploser en me disant qu’il s’en fiche des conséquences et qu’il veut quand même y aller en vélo.
Moi qui lui dis que sur ce coup-là je trouve son comportement égoïste.

L’impression de faillir en tant que mère et d’avoir engendré deux petits êtres égoïstes et irrespectueux.
Je n’ai pas envie de les retrouver ce soir, je n’ai pas envie de faire d’efforts.
J’ai l’impression depuis le début de la semaine d’avoir tout fait pour eux et qu’en retour je n’obtiens que des soupirs excédés, des "ouais c’est ça blablabla" et des "c’est trop nul avec toi".
Juste envie de baisser les bras. Pas de les baisser, mais d’arrêter de faire des efforts.
C’est dur.