La bulle de Lili

La neige

Ce matin, j’ai ouvert les yeux, puis les volets. J’étais comme une gamine au matin de Noël.
Dehors, la déception : pas de neige.
Alors j’ai traîné au lit, médité sur le pardon (j’ai l’impression que ça m’a aidée), puis me suis traînée dans mon salon pour petit-déjeuner.
Et là, il neigeait dehors.
J’ai souri.
C’est un type de sourire bien particulier que j’ai quand il neige.
C’est un sourire fasciné, les yeux écarquillés. Je suis hypnotisée. Je regarde les flocons tournoyer dans le ciel et je suis fascinée.
Je suis dans l’immobilité, je suis enchantée à ce moment précis.
Je suis dans le silence.
La neige appelle le silence. En moi et autour de moi.
Et dans ce silence, d’autres souvenirs silencieux viennent à moi.
Ces matins où je me levais, l’hiver à B., que tous les bruits dehors étaient assourdis par la couche de neige tombée dans la nuit.
Ce ciel orange, quand le soir tombe, qui prédit invariablement la neige.
Cette matinée en cours, au lycée, où avec les autres élèves, au lieu d’écouter le cours, nous regardions, fascinés, la neige tomber dehors, recouvrir la cour, la ville, et nos pistes de ski, promesse incroyable avant la saison touristique : les pistes seraient à nous, rien qu’à nous.
Ce moment suspendu dans le temps, sur un télésiège, avec deux amis de lycée, à ne pas parler, un lendemain de chute de neige, à regarder, émerveillés, sous nos skis et sous le télésiège, la neige scintiller partout, la promesse d’un ski moelleux et savoureux sur la neige fraiche, la poudreuse immaculée qui nous appelait.
Ces moments où la neige glisse sous mes skis, ces moments où la neige crisse sous mes pas.
Ce froid mordant qui me saisit aux joues et les rend toutes rouges, vivantes.
La neige me fascine, la neige me rend silencieuse, la neige me ramène au centre de moi-même.
Il neige très très peu ici, la dernière fois, c’était en 2010, tout le monde en parle encore, et je sais que moi, j’étais en Australie à ce moment-là.
Ce matin il n’a neigé que dix minutes. Il paraît que demain matin, il risque de neiger de nouveau.
J’ai hâte. Et j’espère que cette fois-ci, ça va tenir.