La bulle de Lili

La loupe

Je pourrais te parler de cette superbe semaine de vacances avec les enfants, mes frères, mes belles-sœurs, mes neveux, dans ce petit coin de paradis tout vert au bord d’une rivière, où nous n’avions pour seule occupation que de ne rien faire et de marcher pieds nus. Mais non. Écoute, je crois que le but de ce journal, aussi, c’est de se plaindre. Alors allons-y gaiement.
J’ai laissé les enfants hier matin, heureuse de les avoir eus pendant trois semaines, et disons-le, hein, heureuse de les laisser pour deux semaines.
En rentrant, j’étais crevée, mal de crâne, je n’ai absolument pas travaillé comme c’était prévu.
Ce matin, je commence la journée avec ma petite méditation qui me fait tant de bien, en mode "je vais bien tout va bien". Je file chez ma kiné pour ma migraine, elle me manipule le crâne. J’ai encore plus mal. Bon.
Je vais chez le pisciniste où j’attends une bonne demi-heure qu’un homme dévalise le magasin pour m’entendre dire que le trou dans le liner de ma piscine est beaucoup trop gros et que je dois le changer entièrement. Et allez. 500 balles ? Super.
Ma seule envie, c’est de déménager. Trop d’entretien, cette piscine.
Je vais à la poste chercher un recommandé, encore la queue. Mais pourquoi tout le monde a la même idée que moi au même moment ? ? En signant le papier, je jette un coup d’œil à l’enveloppe : tribunal. Les larmes me montent aux yeux. Je sais ce que c’est.
Je déchire l’enveloppe une fois dehors, je sors le tas de papiers, c’est tout simplement le jugement qui approuve la garde alternée complète entre Mat et moi. Et là, je ne m’y attends pas, mais je commence à pleurer, comme une madeleine. Et je n’arrive plus à m’arrêter.
J’ai toujours les larmes aux yeux à y repenser, le courrier est là, posé sur le bureau, mais je n’arrive pas à le ranger.
Est-ce que je suis encore si attachée que ça à lui ? Qu’est-ce qui se passe ?
Je crois qu’il y a des choses que je n’ai toujours pas digérées. Je crois que ce divorce restera le plus gros échec de ma vie. Même si aujourd’hui on s’entend bien, que les enfants sont épanouis et que j’apprécie mon mode de vie de solo, je crois qu’il y a encore une plaie béante, qui se remet à saigner quand on touche d’un peu trop près.
Après, je me suis calmée, et dans la voiture, sur rire et chansons : "Moralès". Je souris, avant d’éclater de nouveau en sanglots.
On a découvert cette chanson ensemble à Sydney, dans le salon d’un de nos amis dont le nom de famille ressemble beaucoup à Moralès.
Bref...
Donc là je trouve que je vis vraiment une journée bizarre (bizarre de chez bizarre, comme dirait mon fils), je dois aller méditer sous la pleine lune à 19h mais je ne sais pas si j’aurais le courage, même si je SAIS que ça peut être seulement bénéfique.
Là, concrètement, j’ai juste envie de tout envoyer balader et de trouver des bras réconfortants dans lesquels me glisser. Même si je sais que je suis dans une posture assez désespérée et que les deux personnes que j’ai sollicitées à ce sujet vont sûrement me répondre "non".
Et d’un coup, je me suis dit : et si je faisais exprès de solliciter ces gens quand je suis au plus bas, histoire de bien m’enfoncer la tête sous l’eau, et de continuer à me dire que je suis vraiment pourrie et que je loupe tout ?