La bulle de Lili

La crèche

A midi et demi je vais chercher A* à la crèche.
Ils vont me rendre toutes ses affaires, son petit oreiller, sa tasse Peppa Pig, sa crème solaire, sa casquette rose.
Voilà, c’est fini, la crèche. Mon bébé rentre à l’école en septembre. Elle exulte, t’imagines même pas.

Mais moi, ça me fait bizarre. Ca fait cinq ans maintenant qu’on fréquente cette crèche, et on en a vécu, des choses.
La première fois où j’y suis allée, la bouche en cœur, enceinte de deux mois et demi pour me renseigner, reçue froidement par la directrice pet-de-sec qui m’avait dit qu’il n’y aurait pas de place. Puis qui m’a rappelée en juin (j’étais dans le train pour aller chez mon père, enceinte de 5 mois) pour me dire qu’en fait, c’était bon.
La réunion où on est allés, où j’avais un ventre énorme, deux semaines avant d’accoucher (peut-être même une), où on croise des amis de Mat qui viennent d’y mettre leur petit garçon. Nos enfants sont maintenant amis, et on reste en contact grâce à eux.
L’adaptation de L*, la directrice que je ne supporte pas, qui émet des conseils à tout bout de champ.
Et puis...
Et puis la grossesse d’A*, surprise, la place acquise d’entrée, la directrice et moi commençons à bien nous entendre.
Et puis la naissance d’A*, le tsunami à la naissance, je me souviendrais toujours de ce rendez-vous que j’ai obtenu avec la directrice en lui disant "j’ai une mauvaise nouvelle", elle : "vous divorcez ?", moi : "j’adorerais venir pour vous annoncer ça comme mauvaise nouvelle", et me mettre à pleurer en lui annonçant mon cancer du sein. Et sa réaction, formidable, humaine, de me dire : on vous prend A* le plus tôt possible, pour que vous puissiez vous reposer au maximum. Vous nous dites quand vous faites les chimios et on garde les deux enfants plus longtemps si besoin. On est là.
Leur accompagnement discret, jamais un mot sur la maladie à part de temps en temps quelqu’un qui me demande comment je vais, me dit que j’ai bonne mine,...
Ces femmes ont vécu à mes côtés les cinq années les plus éprouvantes de ma vie.
La naissance de deux enfants, le cancer, celui de ma mère, l’ablation de mes seins, mes cheveux qui tombent et repoussent, la folie de Mat, notre déchirement, notre divorce, ma reconstruction.
Elles ont été un repère incroyable, une sorte de phare dans la tempête, discret, et pourtant je savais qu’elles seraient toujours là si besoin.

Bref. Les larmes coulent juste d’écrire ça ; je pense qu’elles couleront encore ce midi au moment de quitter cette petite bulle.