La bulle de Lili

Là-bas

Je suis là, au boulot, en train de faire des factures pour les clients, et je tombe sur un client qui vient de mes montagnes. Je tape le numéro du département. Juste de le voir, en fait, c’est marrant, j’ai plein de souvenirs qui remontent. Juste en voyant ces deux petits chiffres.
Je revois ma plaque d’immatriculation, de ma première voiture, ma 205 sans direction assistée qui m’avait fait mal aux bras dans les premiers temps de la conduite, juste après avoir eu le permis. Ma 205 rouge, qu’on avait amenée dix ans auparavant de Bretagne, et qui a appartenu depuis à mon frère. Bah tu sais, elle me manque, elle était chouette, cette voiture. Je revois les autocollants que j’avais collés sur ses fesses, "la nuit des refuges", en souvenir du refuge où je servais l’été, "in tartiflette we trust", en souvenir de mes montagnes d’adoption, un peu plus haut.
Je sens cet air pur, là, dans mes narines, cet air qui me saisit à chaque fois que j’y vais, un peu comme l’eau d’une source ultra cristalline, mais version air, tu vois ?
Je vois les champs en plein été, dans les montagnes, ceux où on campait avec les copains l’été, les nuits étoilées puissance mille à se geler avant d’aller se calfeutrer dans nos duvets (et toujours l’air pur).
Je revois le lac où on allait se poser l’été, après les campings, pendant nos après-midis de désoeuvrement si propres à l’adolescence (et post adolescence, soyons honnêtes).
Je revois cette rue en pente, que je montais chaque jour pour aller au lycée, la Chaussée.
Je revois ces sourires, cette simplicité, cette vie en pleine nature, finalement, qui était une vraie chance. Mais je pense que je le savais déjà.
Je revois ma bulle. Juste en voyant un zéro et un cinq.