La bulle de Lili

Agiter les bras très vite

Ce matin, je me suis réveillée tôt, mais après une petite méditation, ça allait, écoute.
Je me suis même fait la réflexion que la vie pouvait être sacrément douce et pleine de surprises. Prévoir un voyage à Noël complètement inattendu, ne pas stresser des sous qui ne rentrent pas mais plutôt avoir confiance en moi et en mes capacités, être heureuse de vivre ici, comme ça, tout ça. C’était cool. Dans la matinée j’ai appris que mon prêt a été accepté, je vais bientôt avoir les clés de ma nouvelle maison. Bref, youhou, quoi.
Et puis le rendez-vous bisannuel chez le gynéco, qui a une heure de retard, et déjà, ça me stresse.
Un contrôle rapide, comme d’hab, tout va bien, à dans six mois, et quand je lui dis "tu sais, dans six mois, ça fera cinq ans", il me regarde, "ah oui, belle étape", et quand je lui dis que pour moi, cinq ans, c’est que c’est fini, il me dit "non, ça sera jamais fini", puis se reprend "oui, bon, c’est bien que tu le voies comme ça".
Il a planté sa petite graine, j’ai essayé de labourer, en en parlant à Clara et Océane, qui me disent qu’il a été maladroit et que le jour où les médecins seront empathiques, les poules auront des dents.
Et depuis...
J’ai été pleurer dans les toilettes, ai évacué ça en étudiant mes émotions.
Toujours est-il que je me traîne.
Que mes vieux réflexes de "ok, on oublie, on va boire l’apéro et fumer une clope, ok ?" reviennent au galop. Mes envies de grands bras enveloppants qui me disent que tout va bien se passer. Mon besoin d’être dans ma bulle, mais aussi de hurler, de paniquer, de galoper, de courir à droite à gauche en agitant bien les bras, pour qu’on me regarde, pour qu’on me rassure, pour qu’on me dise que ça va aller.
Alors je suis là, au boulot, et je fais semblant de travailler, la fatigue m’est tombée dessus sans trop me prévenir, et je n’ai qu’une envie : aller me coucher.
Allez.
Ca va le faire.