La bulle de Lili

Maman

Il y a deux ans à cette heure-là, j’étais réveillée en sursaut par un appel de Cat. Quand elle a parlé, j’ai mal compris. "Ta mère a décidé." "J’arrive." J’ai enfilé un jean, commencé à pleurer, et j’ai dévalé l’escalier.
Je suis arrivée chez ma mère cinq minutes après. En fait elle n’avait pas dit "décidé" mais "décédé". J’avais pas compris, j’avais pas voulu comprendre. Je suis entrée dans la maison, et c’était déjà trop tard, en fait. Alors que pendant les cinq minutes de trajet, je me disais : "faites que je n’arrive pas trop tard, faites que je puisse lui dire au revoir". Mais en fait non. Elle avait décidé, bel et bien, de partir ce matin-là, seule.
J’avais passé l’après-midi précédent chez elle. Marie et Jules étaient venus, on était allés… faire quoi ? je ne sais même plus, je crois qu’on est allés boire un café en ville. Ah oui, je me souviens, on les a rejoints sur la place principale de P*, ils nous attendaient à un café, on a traversé la place avec les enfants qui se tenaient sagement la main, comme des petits enfants modèles. En apparence, hein. Ca m’avait fait sourire.
Et puis on était revenus dans notre petit village, j’avais déposé les enfants à Mat parce que ce soir-là, Marie et Jules m’emmenaient à l’anniversaire de la soeur de Jules et que j’étais pas sortie depuis un bon moment. On a déposé les enfants, je suis revenue voir maman pour récupérer un truc, en coup de vent. Avant de partir de chez elle, je lui ai fait un bisou, je lui ai dit que je l’aimais, et là, dans son regard, en fait, j’ai su que c’était la dernière fois que je la voyais. Je l’ai ressenti tellement fort que toute la soirée, je n’ai pas arrêté de dire à Marie : je pense que c’est pour cette nuit.
Je sais pas pourquoi, il y avait déjà une part d’elle qui était partie, dans son regard, j’ai lu de la douceur, de la détermination, et surtout une sorte de résignation.
Toute la soirée, j’ai répété ça, et en rentrant à 2 heures du matin, je n’avais qu’une envie, aller me glisser dans son lit, dans sa maison, pour lui faire un dernier bisou. Et puis je me suis raisonnée, je me suis dit que je la verrais le lendemain matin, et je suis rentrée me coucher chez moi.
Voilà ce à quoi je pense ce matin. Ca fait deux ans. Et ça y est, elle me manque.
Il m’aura peut-être fallu deux ans, en fait, pour faire mon deuil. Je sais pas.
Je sais qu’elle n’est pas loin, elle m’envoie des chansons en permanence dans la voiture qui me font éclater de rire parce que je sais que c’est elle qui manifeste sa présence comme ça.
Mais bordel, c’est dur de plus avoir de mère.
Je mets ici le texte que j’ai lu le jour de son enterrement, parce qu’il me tient à cœur et que je veux pouvoir le retrouver.

Maman,
Ce 4 octobre tu nous as quittés. Avec toi une époque s’est terminée.

Finis les moments où on pouvait t’appeler n’importe quand, jour et nuit, et débarquer chez toi, où tu nous accueillais à bras ouverts sans nous poser de questions.

Finis les repas où tu nous expliquais tes aventures d’infirmière, où soit on ne comprenait rien soit tu nous montrais des images pour mieux nous expliquer qui bien souvent nous coupaient l’appétit.

Finis ces dialogues en flamand avec ta famille et tes amis qui, même si l’on ne comprenait rien, nous berçaient, car on a toujours connu ça.

Finies ces Fêtes des Mères où avec Patrick et Roland on s’appelait en urgence trois jours avant pour décider qu’on t’offrirait un gros bouquet de fleurs parce qu’on savait à quel point c’était important pour toi.

Fini ce sourire qui était tout le temps sur tes lèvres de manière automatique ; je me souviens d’une fois où tu souriais devant ton thé et quand je t’avais demandé pourquoi tu m’avais répondu : je souris, c’est tout.

Ce sourire qui t’a permis de te faire aimer instantanément par toutes les personnes que tu croisais.

Ce sourire qui a fédéré autour de toi plein de gens attentifs, qui ont su voir en toi ta bonté et ta générosité.

Ce sourire qui nous permet aujourd’hui à nous, tes enfants, d’être entourés de tant d’amour : l’amour que tu as fait germer dans tous ces cœurs et dont nous profitons aujourd’hui en étant aussi entourés.

Alors merci, maman.

Merci d’avoir été une maman aussi aimante et attentive.

Merci de nous avoir inculqué toutes ces valeurs que nous transmettons aujourd’hui à nos enfants.

Merci.

J’espère que là-haut tu as retrouvé G* bien sûr, mais aussi Rose, Mémé et Pépé.

Tu es partie, mais toujours tu resteras en nous, grâce à cet amour que tu as su nous transmettre.