La bulle de Lili

Je vous déclare à présent...

Comme d’habitude, quand on était dans la voiture, pour revenir de P*, on a parlé de mon sujet préféré : notre Mariage Idéal.

Et pour une fois on est tombés d’accord. Tout ce que l’un disait, l’autre acquiescait. D’accord sur pas d’église, d’accord sur les invités, sur le timing, sur tout.

Alors au bout d’un moment pour éviter de m’emballer, je t’ai dit, "c’est bon, on arrête d’en parler, sinon je vais encore y croire et je vais encore être déçue". Oui parce que c’est déjà arrivé, qu’on en parle, enfin plutôt que j’en parle, comme ça, et tu es d’accord, et puis au bout de 3 heures tu me dis "nan mais là c’était pour rire hein ? c’est pas sérieux", et moi je me fabrique un sourire de circonstance, mais tu sais qu’au fond je suis déçue.
Là ta réponse a changé. Tu m’as répondu, "non, non, je suis sérieux", et tu as enchaîné sur la date, l’été prochain, et je te répondais, toujours en me blindant, en n’osant pas y croire.
Et puis sur ton ordi, là où je t’ai écrit, "on se marie quand déjà ?" avec un smiley, j’ai vu que tu avais rajouté quelque chose : "l’été prochain ?". Et là ça s’est emballé, forcément. Et puis tu as dit, "attends, je veux te faire une vraie demande en mariage !"

Là j’ai tout vu. J’ai vu la bague de fiançailles (j’ai cherché ma taille de doigt sur Internet, j’ai imprimé un baguier), j’ai vu la mairie (j’ai failli aller demander si on pouvait se marier un vendredi), le resto (j’ai renoncé au dernier moment au mail "on compte se marier, zavez la dispo ??"), j’ai vu l’annonce aux parents, je commençais à réfléchir au problème de mes parents divorcés et qui ne se parlent pas, et à qui s’occuperait des animations, du plan pour arriver jusqu’au jardin de tes grands parents à P*, où on se voyait faire une fête…

Et puis aujourd’hui, on était dans le canapé, et je t’ai dit que je savais que tu n’étais pas prêt. En fait je voulais juste te provoquer, raviver cette petite flamme que j’avais vu dimanche, quand on en parlait, et que tu avais le sourire aux lèvres. Je voulais que tu me dises, mais si, j’ai déjà repéré ta bague de fiançailles, mais si, on va vraiment le faire je te promets !
Et en fait, t’as dit : je sais que ça te fait plaisir. Et t’as dit : tu y tiens tellement ! et t’as rajouté : mais c’est vrai que je me sens pas prêt du tout, ça va tellement vite, tu te décides trop rapidement.

S’en est suivie une conversation parmi tant d’autres, déjà eues et à venir, sur le thème : comment vois-tu le mariage, pourquoi tu veux pas maintenant et tout et tout.

Et au fur et à mesure j’ai vu les choses complètement différemment. Un nuage de pluie s’est abattu sur moi, et j’ai pleuré, parce que c’est vrai que j’étais déçue, et je le suis toujours un peu. Cette fois j’y ai cru jusqu’au bout. D’habitude tu m’arrêtes bien plus tôt, là tu m’as laissée continuer, fallait pas. Fallait vraiment pas. Je suis passée de la jeune femme bientôt fiancée à la jeune névrosée qui veut absolument y croire. Et ça fait bizarre de tout voir sous un autre angle.Comme je te l’ai dit, là j’avais une échéance, alors j’y ai cru, à notre beau projet. Que dalle.

Alors forcément, comme on en a parlé juste avant que je vienne travailler, quand je suis venue, tout le monde m’a regardé d’un drôle d’air, ils ont vu ma tête. Ma collègue m’a dit "ça va ?" j’ai répondu "oui oui", elle a dit "non ça va pas, qu’est-ce qu’il y a ?" et là j’ai sangloté comme une bêtasse, à lui dire "il m’a promis le mariage et en fait non !", j’ai couru aux toilettes me calmer, et suis revenue.

Je t’avoue que là j’ai eu tout l’après midi pour réfléchir, et ça va mieux. J’ai beaucoup réagi. Beaucoup beaucoup. Mais ça m’a beaucoup marqué. Encore une fois je me suis rendue compte qu’alors que moi je suis dans l’action, type on dit quelque chose et on le fait, toi tu es dans l’utopie, type on dit quelque chose et on y pense encore et encore. La question est : est-ce que nos mondes se rejoindront un jour ?

Et puis j’ai réalisé que peut être j’en fais trop, trop vite. Je sais pas. Moi je sais que je veux porter ton nom et avoir des enfants avec toi, ça me suffit pour vouloir me marier.